Cloudmonster : ce que change une semelle CloudTec sur un run long

Prenez une Cloudmonster dans la main. Retournez-la. Laissez tomber la lumière sur la semelle. Vous voyez ces creux rectangulaires, presque des bouches ouvertes, sur toute la longueur du pied ? Sept devant, quatre derrière, chacun d'un centimètre et demi de profondeur environ. Passez le doigt à l'intérieur d'un des creux — la paroi est rigide, la base est souple. Posez la chaussure sur une table, appuyez fort avec la paume : les alvéoles se compressent en accordéon, l'avant du pied reste ferme. Relâchez : elles rebondissent avec un tout petit décalage, presque une inertie. C'est ça, la signature CloudTec, développée par On. Sur le papier, c'est de l'ingénierie. Sous le pied, sur trente kilomètres, c'est une sensation qu'aucun autre modèle ne reproduit exactement.
On a testé la Cloudmonster 2 sur trois mois, principalement sur des sorties longues entre 20 et 30 km, un peu sur des runs courts en récupération. Voici ce que ça donne, honnêtement.
Ce qui saute aux yeux à la première sortie
La hauteur d'abord. La Cloudmonster est massive — 30 mm sous le talon, 24 mm sous l'avant, soit un drop de 6 mm. C'est plus haut que la moyenne, ce qui la place dans la catégorie « max cushion » aux côtés des Hoka Bondi et Asics Gel-Nimbus. Sensation immédiate d'atterrir dans un canapé, avec un léger effet trampoline à la propulsion. Sur les premiers cinq kilomètres, la surprise n'est pas désagréable. On oublie qu'on court sur du bitume.
Le poids ensuite. Autour de 315 g en 42, c'est lourd. On le sent en cadence : la relance est un tout petit peu plus lente, la foulée est plus posée. Ce n'est pas une chaussure de tempo. C'est une chaussure de kilomètres.
Ce qui se joue entre le 15e et le 25e kilomètre
C'est là que la semelle CloudTec montre son intérêt réel. Sur une sortie longue en endurance fondamentale, l'énergie dépensée pour absorber le choc à chaque foulée finit par se cumuler — sur une paire moyenne, la fatigue des jambes s'installe autour du 18e ou 20e kilomètre, plus tôt si le terrain est dur. Sur la Cloudmonster, cette fatigue arrive plus tard. Difficile de dire à quel point c'est mesurable, mais sur mes trois dernières sorties de 25 km, je me suis surpris à finir moins abattu qu'avec une paire à mousse pleine classique.
Ce que la CloudTec fait vraiment : elle absorbe verticalement et redonne un peu à la poussée. Ce qu'elle ne fait pas : accélérer une jambe fatiguée. Ne prenez pas cette chaussure pour un turbo. Elle protège, elle n'accélère pas.
Le détail intéressant, c'est qu'elle protège d'une manière différente d'une Hoka Bondi ou d'une Asics Nimbus. Là où ces deux modèles noient le pied dans une mousse continue (donc plus stable, un peu plus molle en sensation), la Cloudmonster garde une signature dynamique. Le pied ressent le compactage puis la relance. Certains coureurs adorent, d'autres trouvent ça déstabilisant. À l'atelier, un client cinquantenaire nous a rendu sa paire au bout d'une semaine : trop instable en sortie longue, disait-il. Il est reparti sur une Saucony Triumph. Une autre cliente, en préparation marathon, en a acheté une deuxième paire dans la foulée. C'est vraiment une question de sensation.
Sur qui ça marche, sur qui ça ne marche pas
Trois profils pour qui la Cloudmonster est un bon choix :
- Coureurs de poids moyen à supérieur (75-95 kg) qui font des sorties longues sur bitume.
- Coureurs qui ont mal aux tibias ou aux genoux sur des paires à amorti standard.
- Coureurs préparant un semi ou un marathon en volume, qui cherchent une paire de récupération et de sorties lentes.
Trois profils à qui je ne la conseillerais pas :
- Coureurs légers (moins de 60 kg) qui trouveront la semelle trop rigide dans la compression.
- Coureurs qui recherchent de la relance sur des tempo runs — préférer une Cloudsurfer ou une Saucony Endorphin Speed.
- Coureurs pronateurs marqués — la Cloudmonster n'a pas de renfort médio-pied significatif.
Le sujet de la durée de vie
Il faut en parler. La question qui revient le plus chez les revendeurs, c'est : combien de kilomètres tient-elle vraiment ? La communication officielle parle de 700-800 km comme sur la plupart des modèles route. Mon expérience personnelle avec les deux paires que j'ai eues : la première a perdu du rebond de manière notable entre 550 et 600 km, la seconde tient encore bien à 700. Ça dépend beaucoup du poids du coureur, du terrain, du kilométrage cumulé sans alternance de paires.
Le point spécifique aux alvéoles CloudTec : elles peuvent se déformer plastiquement (c'est-à-dire durablement) quand elles sont surchargées régulièrement. Un coureur de 90 kg qui utilise la même paire tous les jours sans autre paire en rotation verra ses alvéoles s'écraser plus vite. Rien de dramatique, mais concret. La bonne pratique — et c'est valable pour toutes les chaussures haut cushion — c'est d'avoir deux paires en rotation quand on prépare une distance longue.
Face à la concurrence directe
La Cloudmonster se compare naturellement à trois modèles :
- Hoka Bondi 9 : plus lourde encore, sensation de mousse continue, moins dynamique à la poussée. Meilleure sur route lisse pour un coureur qui privilégie l'absorption pure.
- Asics Gel-Nimbus 27 : plus douce à l'atterrissage grâce au gel, moins réactive. Un peu plus stable en médio-pied.
- Saucony Triumph 22 : la plus équilibrée du lot, sensation moyenne entre les trois autres. Un très bon compromis, souvent recommandé aux coureurs qui hésitent.
Le choix se fait sur la sensation, pas sur la fiche technique. Si vous n'êtes pas sûr, essayez au moins deux d'entre elles en boutique en courant sur place trente secondes chacune. La différence saute immédiatement, même sans vraiment courir. C'est le seul cas où ce test express est concluant.
Ce qu'on retient
La Cloudmonster est une chaussure de coureur endurant qui accepte un peu de poids pour beaucoup de protection sur des sorties longues. La technologie CloudTec n'est pas un gadget marketing : elle change réellement la manière dont l'énergie est absorbée et rendue à chaque foulée. Ce n'est pas la chaussure universelle. Ce n'est pas la plus rapide. Sur son terrain (le run long sur route en préparation semi ou marathon), elle est excellente. Pour les autres usages, il y a d'autres modèles chez la marque, qu'on regarde dans notre comparatif des trois modèles Cloud.
Michel Fayot
Gérant de ML Sport à Jasseron depuis 1999, coureur régulier sur 10 km et trail court. Écrit sur In Hype quand un sujet ne peut plus attendre.


