Cloudsurfer, Cloudflyer, Cloudmonster : à qui s'adresse chaque modèle

Dans à peu près toutes les boutiques de sport du pays, on entend la même conversation : « On m'a dit que les On, c'est génial, mais je comprends pas la différence entre les trois. » Le vendeur, en général, sort trois cartons, pose les trois chaussures côte à côte et lâche : « Elles sont différentes. » Le client regarde les trois modèles qui semblent presque identiques — même marque, mêmes lettres, même signature à alvéoles — et rentre chez lui perplexe. C'est devenu un ritual moderne du running français. Alors on essaie ici de démêler ça honnêtement, en une seule lecture.
Les trois modèles dont on parle sont la Cloudsurfer, la Cloudflyer et la Cloudmonster. Ils partagent un ADN commun : la semelle CloudTec à alvéoles, la plaque Speedboard, la construction On assumée. Mais ils répondent à trois usages qui n'ont vraiment rien à voir. Voici lesquels.
La Cloudsurfer : le run rapide au quotidien
C'est le modèle qu'on recommande à 60 % des coureurs qui découvrent la marque. La Cloudsurfer joue sur un équilibre serré entre confort et dynamisme. Semelle à alvéoles CloudTec Phase (une évolution du système classique), drop de 10 mm sur la version 2024, 260 g par pied en 42.
Elle est faite pour les runs de 5 à 15 km, en endurance modérée à soutenue. La sensation sous le pied est dynamique, on sent la relance des alvéoles à chaque foulée, sans que ça sature au bout d'un quart d'heure. On peut la pousser sur du tempo run sans la mettre en peine.
Pour qui : coureur de gabarit moyen (60-80 kg), qui cherche une paire polyvalente pour ses sorties d'entraînement de la semaine, sans être forcément dans un plan spécifique marathon. Prix : autour de 170 euros. Voir les caractéristiques détaillées sur la fiche produit officielle de la Cloudsurfer.
La Cloudflyer : la stabilité en douceur
C'est le seul modèle des trois qui propose une correction. La Cloudflyer intègre une semelle Speedboard rigide plus longue et un renfort en médio-pied appelé Helion superfoam avec structure guide. C'est la version « stabilité douce » de la marque. Drop 7 mm, 275 g par pied.
Pour qui : coureur avec une pronation légère à modérée qui ne veut pas d'une paire correctrice traditionnelle, ou coureur en surpoids modéré (jusqu'à 90-95 kg) qui a besoin d'un peu de guidage sans casser la sensation dynamique On. La Cloudflyer est aussi appréciée sur des sorties plus longues (15-25 km) où la stabilité devient un facteur.
Un point qu'on répète en boutique : la Cloudflyer n'est pas une chaussure de pronateur marqué. Pour une pronation forte, il vaut mieux regarder du côté de Saucony Guide ou Asics Kayano — la Cloudflyer, elle, est un compromis intermédiaire.
La Cloudmonster : le run long
On lui a consacré un article entier, alors on résume ici. La Cloudmonster est le max cushion de la marque : 30 mm de semelle au talon, 24 à l'avant, drop 6 mm, 315 g par pied. Alvéoles très visibles, très marquées, sensation de rebond nette même sur route.
Pour qui : coureur préparant un semi ou un marathon, qui a besoin d'une paire pour ses sorties longues (18-30 km). Coureur au dessus de 80 kg qui souffre articulairement sur les paires plus fines. Coureur qui aime la sensation « bounce » très marquée. Elle n'est pas faite pour le tempo, ni pour les runs courts en dessous de 8 km — trop lourde pour la dynamique cadence.
Un tableau qui aide à choisir
| Critère | Cloudsurfer | Cloudflyer | Cloudmonster |
|---|---|---|---|
| Drop | 10 mm | 7 mm | 6 mm |
| Poids (42) | 260 g | 275 g | 315 g |
| Semelle talon | 26 mm | 28 mm | 30 mm |
| Stabilité | Neutre | Douce | Neutre |
| Distance idéale | 5-15 km | 10-25 km | 18-30+ km |
| Prix indicatif | 170 € | 180 € | 190 € |
Trois profils, trois choix
Marie, 34 ans, 60 kg, court trois fois par semaine, 6 à 10 km à chaque fois, sans objectif de course. Choix : Cloudsurfer. Le drop 10 mm respecte son historique de coureuse (elle vient d'Asics et de Nike), le poids léger convient à ses sorties courtes, et la sensation dynamique lui plaira sur les runs de la semaine.
Thomas, 42 ans, 88 kg, prépare un marathon, court quatre fois par semaine dont une sortie longue de 25 km. Choix : Cloudmonster pour les sorties longues + une autre paire pour les runs plus courts (une Saucony Ride ou une Cloudsurfer). L'alternance des paires est capitale (voir notre article sur la récupération) et Thomas aura besoin de deux paires en rotation.
Céline, 47 ans, 70 kg, pronation légère détectée à l'atelier, court deux fois par semaine et se remet d'une périostite tibiale. Choix : Cloudflyer. La stabilité douce respectera sa reprise, sans excès correctif qui pourrait déclencher une gêne inverse. Pour comprendre pourquoi le drop 7 mm est adapté à son cas, voir notre article sur les écoles du drop.
Ce qu'on ne mentionne pas assez
Deux détails que les fiches produit oublient. Un : le chaussant de la Cloudsurfer est plus étroit que celui de la Cloudflyer et de la Cloudmonster. Les pieds larges seront plus à l'aise sur les deux dernières. Deux : le laçage de la Cloudflyer est semi-rapide (élastique), pratique en course mais qui peut irriter le cou-de-pied si mal serré. Ne pas surestimer l'impact d'un serrage classique traditionnel.
Un troisième point mérite d'être dit : ces trois modèles sont mis à jour à peu près tous les 18 mois par la marque. Une Cloudsurfer 3 (à venir) aura des ajustements par rapport à la Cloudsurfer 2 actuelle. Ne pas tomber amoureux d'une version — vérifier au moment de l'achat quelle génération est en rayon et ne pas prendre l'ancienne modèle à un prix similaire au neuf.
Ce qu'on retient
Les trois modèles ne se remplacent pas : ils se complètent. Un coureur régulier peut très bien avoir les trois — Cloudsurfer pour les runs courts, Cloudmonster pour le long, Cloudflyer si un besoin de stabilité apparaît avec l'âge ou après une blessure. Pour un coureur qui débute, une seule paire suffit, et c'est presque toujours la Cloudsurfer. Ne surachetez pas. Le meilleur coureur n'est pas celui qui a le plus de chaussures.
Michel Fayot
Gérant de ML Sport à Jasseron depuis 1999, coureur régulier sur 10 km et trail court. Écrit sur In Hype quand un sujet ne peut plus attendre.


